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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 21:35



Je vous propose ici deux applications différentes.
En premier lieu, j’ai appliqué la fiche n ° 3 à «La neige en deuil» de Henri Troyat. Vous remarquerez que je respecte les quatre pistes de la fiche n °3 : ces pistes sont, de surcroît, annoncées dans des alinéas. En outre j’ai passé une ligne entre l’introduction et la conclusion (introduction et conclusion expliquées dans les remarques préliminaires de l’article intitulé «Analyser un roman : 16 fiches»). De nombreux liens logiques sont utilisés de façon à montrer la nécessité d’une cohérence dans le raisonnement. Cette cohérence se manifeste également à travers les différentes pistes et sous-pistes qui sont annoncées dans des alinéas.
En deuxième lieu, vous trouverez une analyse remarquable de La Cité de Verre de Paul Auster. Cette analyse, réalisée par Caroline Cleppert et Sébastien Berg, s’interroge sur le caractère nouveau du roman de Paul Auster tout en s’appuyant de temps à autre sur les diverses fiches proposées. Ce deuxième travail a été réalisé par des étudiants de 6 ème année (année équivalente à la terminale en France).

 

Analyse d’un personnage dans La neige en deuil d’Henri Troyat

Après lecture de «La neige en deuil» d’Henri Troyat, nous aborderons l’étude du personnage principal du roman. Nous analyserons plus particulièrement ses attributs et nous nous demanderons si les informations obtenues sur le personnage sont données d’une manière directe ou doivent être devinées, d’une manière indirecte, par le lecteur. Nous terminerons notre analyse par l’observation de son évolution psychologique .

Penchons-nous en premier lieu sur les attributs du personnage choisi.
Tout d’abord, les attributs fondamentaux d’un individu, à savoir son nom et son prénom, nous sont révélées par le narrateur dès les premières lignes du roman : nous apprenons qu’il s’appelle Isaïe Vaudagne.
Sur le plan professionnel, le lecteur est informé de l’abandon de son travail dans une scierie, suite au renvoi de son frère de cette même scierie.
Quant à son âge, il nous est révélé dès le début du roman : nous découvrons un homme de cinquante-deux ans, beaucoup plus âgé que son frère Marcellin qui a trente ans.
En ce qui concerne le passé d’Isaïe, plusieurs informations nous sont fournies au début du roman. Nous apprenons ainsi que son père fut, comme Isaïe, guide de montagne et qu’il mourut foudroyé lors d’une expédition. Le narrateur nous signale également qu’Isaïe mit au monde son frère Marcellin , que sa mère mourut deux ans plus tard et qu’il s’était chargé de l’éducation de Marcellin. De plus, nous sommes informés sur les expéditions malheureuses auxquelles Isaïe participa, comme guide de montagne, et durant lesquelles plusieurs clients furent tués. Ces accidents de montagne, dont il n’était pas responsable, créèrent en lui un sentiment de culpabilité malgré le fait qu’il fût toujours apprécié comme l’ un des meilleurs guides de montagne («L’un des guides les plus sûrs de la région»). Après l’un de ces accidents, Isaïe dut subir une opération au cerveau. En outre le narrateur nous apprend qu’ Isaïe avait jadis aimé Marie Lavalloud, mais avait eu peur de lui révéler son amour.
Le plan physique n’a pas été oublié par le narrateur. En effet Isaïe nous est décrit physiquement de la façon suivante : «Il se dressa de toute sa taille... Grand et maigre, osseux, les hanches plates, le torse large... Ses jambes longues... Il portait haut sa tête sèche, aux traits nets, à la peau fendillée comme un morceau de cuir... Sous les sourcils rongés par le soleil, ses yeux bleus et blonds brillaient d’une joie enfantine». Un homme qui «était robuste et faisait double ouvrage» nous dit encore le narrateur.
Sur le plan psychologique, nous percevons les liens très forts qui unissent Isaïe à son frère. Isaïe est très dépendant de son frère («Sa vie n’avait de sens que dirigée et approuvée par Marcellin.»). En effet, une relation profonde l’unit à Marcellin : «Il éprouvait à l’égard de son frère, des sentiments de tendresse discrète, d’adoration craintive que rien ne pouvait rebuter.». Son but était d’ailleurs de rendre son frère heureux. Il éprouve également une grande tendresse pour les animaux dont il s’occupe. Toutefois, son intelligence est moyenne (« Au village, certaines personnes, il le savait, le considéraient comme un simple.»). Seuls les vieux l’écoutent et le respectent encore... C’est un homme simple qui ne se pose pas trop de questions : la vie «est comme elle est» nous dira Isaïe.
N’oublions pas son langage qui est peu développé : Isaïe ne possède pas l’intelligence de son frère qui doit parfois lui rappeler le sens de certains mots (par exemple, au mot «acquéreur» qu’Isaïe ne comprend pas, Marcellin devra substituer le mot «vendeur»).
Enfin, le dernier attribut intéressant à relever est le décor dans lequel vit Isaïe. Celui-ci habite avec son frère une maison encore agréable en comparaison avec d’autres logis devenus des «vieilles carcasses». Cette maison est située dans un village de montagne isolé (« ce lieu était le point extrême où des hommes avaient osé planté un gîte») et peu peuplé («le village ne comptait plus que dix-huit feux à peine»).
En second lieu demandons-nous comment le lecteur perçoit les informations sur le personnage choisi.
Ces informations nous sont données le plus souvent d’une façon directe par le narrateur (pensons, par exemple, à toutes les informations qui sont données sur le passé d’Isaïe). D’autres informations nous sont aussi offertes par un autre personnage
( Marcellin dira, par exemple, à Isaïe qu’il est «un propre à rien, avec sa tête fêlée... un imbécile têtu» ). Parfois, c’est le personnage qui nous informe sur lui-même (Isaïe dira à Marcellin qui lui propose une expédition : «Je n’ai plus ce qu’il faut, dans les mains, dans la tête»).
D’autre part de nombreuses caractéristiques sur le personnage peuvent être devinées par le lecteur lui-même.
En effet, le début du livre nous fournit des détails matériels qui nous permettent de décoder d’une manière différente le personnage : le portrait physique d’Isaïe nous révèle la force imposante qui émane du personnage, la présence de l’almanach, dans la maison, révèle l’attachement d’Isaïe aux souvenirs.
Par ailleurs, certaines paroles d’Isaïe nous font deviner son caractère : nous découvrons qu’ Isaïe est un homme attaché à ses racines lorsqu’il refuse de vendre la maison («nous y sommes nés, toi et moi, et le père y est né, et le père du père»), nous percevons l’attachement d’Isaïe à son frère (« Si tu t’en vas, je resterai seul, je périrai seul»).
Enfin, plusieurs actions nous donnent des indications sur le tempérament d’Isaïe : le meilleur exemple que l’on puisse trouver à ce propos est le courage sans borne d’ Isaïe pendant l’expédition finale et lors du rapatriement de la jeune Hindoue.
Nous terminerons cette analyse par l’étude de l’évolution psychologique d’ Isaïe.
Au début du récit nous remarquons qu’ Isaïe ne supporte pas la solitude en l’absence de son frère parti en ville («ll avait plus besoin de Marcellin, que Marcellin n’avait besoin de lui»). Lorsque Marcellin veut quitter le village, s’installer en ville et vendre la maison, Isaïe perçoit le manque d’amour de son frère qui osera lui dire : «Comment veux-tu qu’on t’aime ? Tu n’as plus de raison». Isaïe souffrira profondément de l’attitude de son frère.
Mais plus tard Isaïe sera heureux d’apprendre que l’acheteur éventuel signalé par Marcellin ne s’intéresse plus à la maison. Nous percevons ici la grande bonté d’ Isaïe qui remarque la déception de Marcellin («je ne veux pas te voir dans la peine»). Au fond, Isaïe est «balancé entre des sentiments contraires» : devait-il être heureux d’avoir conservé la maison ou malheureux de ne pas pouvoir la vendre ?».
Par la suite, Marcellin lui proposera de prendre l’argent des victimes d’un accident d’avion en haute montagne : Isaïe acceptera à contrecoeur. «Ce n’était pas l’amour de l’argent mais l’amour de Marcellin, qui le guidait dans cette aventure». Il voulait aider son frère à «saisir la seconde chance qui lui était offerte» Il pensait à l’agrandissement de la maison, aux animaux qu’il pourrait acheter grâce à l’argent récupéré sur le corps des cadavres. «Mais rien ne prévalait contre sa tristesse et sa crainte» nous dit le narrateur.
En fait, l’expédition finale en montagne va complètement transformer Isaïe («il ne se reconnaissait pas dans cet homme fort et décidé»). Le narrateur affirmera d’ailleurs : «C’était comme si un grand souffle d’air pur avait lavé l’intérieur de sa tête». Isaïe se montre plus courageux que Marcellin qui, par peur, voudrait rebrousser chemin. Nous observons la joie intense d’ Isaïe au sommet de la montagne, puis sa déception lorsque Marcellin lui rappelle le but de l’expédition («tout devenait laid et boueux dans sa tête» dira le narrateur en parlant d’Isaïe). Après avoir découvert la femme Hindoue que Marcellin avait voulu abandonner, Isaïe «prit conscience du fait que Marcellin était un inconnu pour lui. Ils ne savaient rien l’un de l’autre. Ils n’avaient jamais vécu ensemble. C’était la première fois qu’ils se rencontraient.»
À la fin du roman, Isaïe, après avoir abandonné son frère, révèle encore une fois sa bonté en ramenant au village la jeune Hindoue : il aura fait passer l’aspect humain avant l’attrait de l’argent.

L’analyse qui précède nous a permis de révéler la richesse du personnage que nous avons choisi de traiter. Isaïe est un être complexe, aux sentiments contradictoires. Derrière l’ apparence d’un être simple, nous découvrons un homme qui possède l’intelligence du coeur.








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Published by Jean-Pierre Leclercq - dans ANALYSER
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