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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 15:25
Voici la dernière étape ! L'étape de la dissertation définitive. Je vous propose quatre dissertations réalisées par d’anciens étudiants. Les deux premières dissertations comprennent une introduction, un développement et une conclusion : il s’agit du plan thèse-antithèse, car le point de vue de l’étudiant se rapproche ou s’écarte du point de vue de l’auteur. Les deux autres dissertations comprennent une introduction, un développement (thèse ; antithèse ; une synthèse facultative a été ajoutée dans la troisième dissertation) et une conclusion : il s'agit d’un plan dialectique, car les points de vue des étudiants sont partagés. Deux lignes sont passées entre l’introduction et le développement et entre le développement et la conclusion. Une ligne est passée entre la thèse et l'antithèse de même qu’ entre l’antithèse et la synthèse dans la troisième dissertation.

 



On nous a tellement présenté l’image de la réussite : une voiture, une belle fille, une piscine, le ski et le cabaret, que nous avons fini par le croire (Jacques Charpentreau).

    L’idée de réussite constitue de toute évidence une notion fondamentale de notre société.
    A cet égard, Jacques Charpentreau dit un jour : « On nous a tellement présenté l’image de la réussite : une voiture, une belle fille, une piscine, le ski et le cabaret, que nous avons fini par le croire. »
    Ainsi, nous pouvons nous demander si l’idée de la réussite critiquée par Charpentreau n’est pas positive dans certains cas et si elle n’est pas trop réductrice ?


    Tout d’abord, signalons que, comme tout mythe moderne, le mythe de la réussite sociale contient une part de vrai. Ainsi, nous remarquons que l’image de la réussite présentée par l’auteur correspond à l’idée que la plupart d’entre nous avons du bonheur. De ce fait, il semble clair que la plupart des gens désirent vraiment posséder des objets de haute valeur et désirent partir en vacances au ski ou vers d’autres destinations, car telle est leur représentation de la réussite sociale. Par ailleurs, notons que les exemples cités par l’auteur constituent avant tout des avantages ou plaisirs de la vie. Avantages tout d’abord pour certains comme la voiture, sans laquelle nombre de personnes seraient dans l’incapacité de se déplacer, tant sur de courtes que sur de longues distances. Ensuite, d’autres exemples, tels la piscine et le cabaret, appartiennent aux plaisirs de la vie. Remarquons en outre que ces plaisirs nous permettent de « souffler », c’est-à-dire de nous relaxer face au stress ambiant et quotidien que nous apporte notre société de consommation. Dans ce cas, ces plaisirs de la vie, tels que nous les avons nommés, comportent un rôle apaisant, qui consiste à rétablir en nous un équilibre entre une vie mouvementée d’une part, et le calme et les loisirs d’autre part. Or, n’est-ce pas une réussite en soi de pouvoir maintenir cet équilibre ?
     De plus, il est évident que tout être humain a le droit de choisir sa propre vision de la réussite en fonction de ses besoins, de ses envies ou encore des choses qu’il aime. Par conséquent, la vision de la réussite est un choix personnel et nul ne peut critiquer la décision d’un autre. Comme l’a dit Christopher Morley : « Il n’y a qu’une réussite : pouvoir vivre comme on l’entend. » Notons par ailleurs que la vraie réussite est probablement un mélange entre l’idée de la réussite fustigée par l’auteur de la citation et le principe d’une réussite plus personnelle et plus intérieure.
    Cependant, nous remarquons que l’auteur de cette citation met en exergue les nombreux aspects négatifs du mythe de la réussite sociale.
    Il semble fort probable que si nous réalisions un sondage dans la rue, l’écrasante majorité des participants aurait une même vision de la réussite que celle présentée négativement par Jacques Charpentreau.
    Ainsi, ce dernier aura probablement raison en signalant que nous avons vraiment fini par croire à cette idée préconçue de la réussite, que nous appellerons le mythe de la réussite sociale. Ce dernier vit le jour lors des préludes de l’ère de la société de consommation. Nous pouvons ainsi dire que le mythe de la réussite sociale fut formaté par notre société tellement capitaliste et matérialiste qu’elle frôle ou même touche l’exagération. Par conséquent, ce stéréotype de la réussite a été directement formé par l’influence d’une société où tout n’est que cupidité, avarice et possession. Il se trouve que, selon l’auteur, les exemples mentionnés dans la citation ne constituent pas une réelle réussite. De ce fait, ils ne représentent que l’effet d’une réussite physique, matérialiste et capitaliste. Cette réussite étant en fait associée de manière réductrice à la richesse. Il est clair, dans ce cas, que cette réussite est négative et totalement illusoire, puisqu’elle ne se raccroche qu’à des désirs purement matériels et ne tient pas compte de l’aspect spirituel de l’être humain.
    En outre, comme nous venons de le signaler, la réussite, pour être réelle, doit posséder un aspect autre que l’argent ou la richesse, à savoir un aspect plus personnel. Ainsi, Joseph-Antoine Bell dit un jour : « L’unité de valeur de la réussite, ce n’est ni le franc ni le dollar. C’est un rapport entre la satisfaction et le projet. » Selon lui, la réussite ne se mesure donc pas par le salaire ou tout simplement par la richesse, mais elle se mesure par la satisfaction d’avoir accompli quelque chose de bien et par le fait d’avoir en tête d’autres projets d’avenir qui nous amèneront à nous améliorer à tous niveaux. Notons que ces deux derniers aspects prônés par Bell constituent des besoins inhérents à l’homme. Tout d’abord, il paraît en effet prépondérant pour ce dernier d’éprouver de la satisfaction à son propre égard. Cette satisfaction personnelle le conduira à un gain inévitable de confiance en soi. Ensuite, la programmation de projets pour l’avenir ne fera que renforcer l’esprit de combativité de l’être humain qui verra dans son futur l’espoir de s’améliorer davantage. En outre, nous ne pouvons établir des projets que lorsque nous sommes confiants et sûrs de nous, sentiments qui s’ajoutent à notre bien-être personnel et donc à notre réussite personnelle.
    Outre cette idée de la réussite personnelle de Bell, il existe d’autres visions possibles du bonheur et du succès. Ainsi, l’épanouissement personnel nous semble constituer l’archétype même de la réussite personnelle et intérieure. Cette dernière étant bien entendu plus importante que la réussite purement matérialiste que nous avons précédemment décrite. Cette réussite dont nous parlons consiste à chercher chaque jour à se connaître davantage intérieurement. Cette connaissance approfondie nous permettra au final d’améliorer nos relations avec les autres. Or, la plus belle réussite que l’on puisse espérer n’est-elle pas d’être appréciés par les autres et de les apprécier à leur juste valeur ? En somme, nous remarquons que la société capitaliste nous exhorte à la recherche du profit personnel et qu’en contrepartie, une recherche de la réussite intérieure nous pousse à l’altruisme. Notons finalement que l’altruisme nous porte à découvrir des valeurs très profondes comme l’amour ou l’amitié, qui s’opposent aux valeurs superficielles décrites par l’auteur, telles la beauté et la richesse.
     Par ailleurs, si nous considérons la vision d’une réussite purement matérialiste comme erronée, il serait intéressant de se pencher sur une réussite qui serait à l’opposé de ce mode de pensée.
    Ainsi, la réussite pourrait alors s’exprimer par l’inverse du mythe de la réussite sociale. Elle signifierait alors un détachement ou encore une libération par rapport aux contraintes de la société de consommation. La réussite deviendrait synonyme de liberté. Cette liberté s’accomplirait par la fin du phénomène d’addiction aux choses dont nous sommes depuis bien trop longtemps victimes.
    Pour ce faire, il nous faudrait quitter la logique : « Je prie les choses et les choses m’ont pris » (J.-J. Goldman : « Les choses ») et se soustraire, par la même occasion, à l’état de purs archétypes d’une vie factice directement pervertie par les abus et dérives de la société de consommation. La vraie réussite, dans ce cas, serait alors de se révolter contre l’ordre établi et ses abus. Cette idée de la réussite est sans doute totalement utopiste, mais quelle plus belle victoire peut-on imaginer sur un monde où consommation et production vont de pair et règnent main dans la main, si ce n’est s’accomplir soi-même, sans contraintes artificielles créées par une société de pur profit. Citons à titre d’exemple le cas de Christopher McCandless, un jeune américain dont les aventures ont été relatées à titre posthume dans le livre de Jon Krakauer : « Into the wild », ainsi que dans le film du même nom. Ce jeune homme, par lassitude de la société de consommation, a décidé de s’ « échapper » et de vivre réellement sa vie en retournant aux sources mêmes de la nature. Selon nous, cet homme a bien mieux réussi son existence que tout autre qui possède une quelconque fortune. En effet, Christopher McCandless a sillonné le monde à la recherche de lui-même, se découvrant chaque jour davantage à travers des rencontres fortuites, mais extraordinaires. Cet homme a par conséquent tout autant développé son bien-être personnel que ses relations avec les autres. Or, que pouvons-nous espérer de mieux que de vivre en découvrant sans cesse de nouveaux horizons, tant en soi qu’à travers autrui ?


     Suite à l’analyse précédente, nous partageons presque intégralement le point de vue de l’auteur.
    Tout d’abord, nous avons démontré que l’idée de la réussite critiquée par l’auteur est acceptée par la plupart des gens et que quoi qu’il en soit, chacun a la possibilité de choisir sa propre vision de la réussite. En contrepartie, nous avons prouvé que cette vision fustigée par l’auteur est réductrice et est influencée par notre société de consommation.
     Somme toute, pour réussir dans la vie, il nous faut préalablement choisir notre propre vision de la réussite.

                                                                                                    Auteur : Simon Bosmans






Jouis du jour présent, sans te soucier le moins du monde au lendemain (Horace).


    Quand nous observons la jeunesse d’aujourd’hui, nous constatons aisément que beaucoup de jeunes gens vivent à toute allure, en prétendant que, comme tout peut arriver, autant profiter de ses belles années oisives.
    Ce concept n’est pas neuf et nous rappelle immanquablement Horace, célèbre poète latin du début de notre ère. Celui-ci nous laissa en effet son célèbre « Carpe diem quam minimum credula postero », autrement dit « Jouis du jour présent, sans te fier le moins du monde au lendemain. »
    Dès lors, pourquoi se méfier du futur ? Profiter du jour présent est-il toujours possible? Et si tout le monde appliquait cette pensée, quelles en seraient les conséquences ?


    Tout d’abord, jouir du jour présent sans se fier au lendemain peut s’avérer justifiable à partir du moment où nous nous disons que la vie est courte et que nous pouvons mourir à tout moment. A partir de cette considération, un individu se doit de profiter de l’instant présent comme s’il était le dernier et se méfier de l’avenir où il pourrait très bien être mort, ainsi que Jules César qui fut assassiné au moment où il ne s’y attendait pas.
    Ensuite, le fait de cueillir l’instant présent en se fiant le moins du monde au lendemain peut se comprendre si nous considérons qu’en définitive le futur n’existe pas. En effet, nous ne pouvons concevoir concrètement que ce qui ce passe à l’instant, la notion d’avenir ne symbolisant qu’une réalité temporelle abstraite inventée de toutes pièces par l’homme. Dès lors, il apparaît comme élémentaire de profiter de l’instant présent bien réel sans pouvoir placer notre confiance en celui à venir puisque nous ne pouvons vraisemblablement pas avoir confiance en une chose qui n’existe pas.
    De plus, le caractère instable ou éphémère de beaucoup de réalités peut également justifier qu’un individu soit presque contraint de profiter du présent tout en nourrissant un doute quant à la constance de ces réalités dans le futur. Ainsi, le caractère très instable de la météorologie en Belgique pousse les amateurs de promenade à profiter des jours de beau temps pour s’adonner à leur hobby, car ils ne pourraient savoir s’il en sera de même le jour d’après. Et en ce qui concerne le caractère éphémère, il nous suffit de penser à la jeunesse ; une jeunesse si courte que nous devons en profiter sans nous en remettre au futur où elle sera fanée.
    Enfin, il nous semble que l’affirmation « jouis du jour présent sans te fier le moins du monde au lendemain » fut issue d’une des intuitions essentielles de l’épicurisme dont Horace était l’un des adeptes de son époque. Effectivement, nous pouvons appréhender la réflexion de Horace dans le cadre de cette pensée comme une incitation positive à découvrir le plaisir (et non pas le rechercher) dans le seul fait de vivre. Découverte rendue possible si nous nous méfions de l’emprise que peut avoir le lendemain sur notre esprit, car nous ne pourrions alors avoir le loisir de découvrir le présent.

    Néanmoins, il nous parait évident que Horace aurait dû nuancer son point de vue au lieu de se montrer aussi catégorique.
    En premier lieu, jouir du présent en doutant du lendemain est irréalisable si nous tenons compte du côté angoissé de la grande majorité des gens. En effet, une personne qui doute de son avenir ne peut profiter pleinement du jour présent car elle aura toujours cette angoisse qui lui taraude l’esprit, même inconsciemment. Il nous suffit d’illustrer ces propos par la situation dans laquelle se trouve un élève en fin d’enseignement secondaire. Si ce dernier doute du métier qu’il veut exercer plus tard ou des études qu’il veut entreprendre, il ne pourra être en paix et profiter de l’instant présent. Aussi, sa seule solution serait d’être tout à fait confiant et donc sans soucis quant à la voie qu’il compte suivre.
    Deuxièmement, il se révèle impossible de jouir du jour présent en se méfiant du lendemain dans le cas où nous nous trouverions dans l’incapacité de profiter du présent. Dès lors, nous constatons souvent que les individus ont tendance à mettre tous leurs espoirs et leur confiance en l’avenir. Ainsi, un individu étant incarcéré ne peut profiter de sa vie mais reste confiant quant à la jouissance et le bonheur qu’il éprouvera à sa sortie de prison.
    Poursuivons notre réflexion en mettant les religions et leurs théories sur la répercussion de nos actes sur l’« après-vie » en parallèle avec la pensée de Horace. Nous remarquons alors que l’expression « jouis du jour présent sans te fier au lendemain » possédant une connotation insouciante et incitant à l’oisiveté ne peut qu’être rejetée par les religions qui prônent une vie austère pour une meilleure condition dans l’au-delà. Aussi, un prêtre catholique ayant fait vœu de chasteté et de pauvreté et ne vivant que pour son prochain se sentirait sans doute choqué par cette expression.
    Ensuite, nous pouvons rejeter l’affirmation d’Horace en tant qu’elle n’est qu’une attitude égoïste et lâche. D’une part, elle est effectivement égoïste lorsqu’elle incite à jouir de l’instant présent. Car, selon elle, le plaisir personnel dominerait tout, s’opposant ainsi à toute doctrine altruiste. Dans cette optique, pourquoi des bénévoles s’épuiseraient-ils à améliorer l’existence des plus démunis puisque seule la jouissance compte ? D’autre part, en nous penchant sur la suite de l’expression qui nous conseille de « ne pas se fier au lendemain », nous observons que le sens de ces mots se traduit également par « ne pas faire confiance au lendemain ». Or, une citation de Marie von Ebner-Eschenbach nous confie que « faire confiance est une preuve de courage ». Dès lors, lorsque nous mettons ces deux idées en parallèle, nous pouvons déclarer que, selon l’écrivain allemande, « ne pas se fier au lendemain » se révèle être une preuve de lâcheté. Nous sommes donc en droit de réfuter les dires de Horace vu qu’une attitude empreinte de ces deux « vices » ne peut être suivie par un individu moral. Et le cas échéant, ce dernier serait pris de remords pour avoir failli au modèle type de l’« homme correct ».
    De plus, affirmons qu’il demeure étrange de jouir d’aujourd’hui en se méfiant de demain puisque cette attitude mélange en fait deux notions fondamentalement opposées : l’optimisme et le pessimisme. Nous constatons effectivement que la première moitié de la phrase, « jouis du jour présent », possède une connotation optimiste, positive, tandis que la suite, « sans te fier le moins du monde au lendemain », possède, elle, une forte connotation pessimiste. Autrement dit, si Horace avait été intègre dans sa réflexion il aurait soit préféré le côté optimiste et nous aurait dit de jouir tout le temps, soit aurait été d’une nature plus pessimiste et nous aurait conseillé de nous méfier tout le temps. D’ailleurs, cela se prouve partiellement lorsque nous observons que beaucoup de personnes ne citent souvent que la première partie de la proposition : « carpe diem », à savoir « jouis du jour présent ». Cela marque ainsi leur nature plutôt positive et donc très peu encline à verser dans le doute pessimiste exprimé par la seconde partie de l’expression.
    D’ailleurs, nous pouvons également considérer le « jouis du jour présent sans te fier le moins du monde au lendemain » comme un concept qui inhiberait la finalité de l’être humain. En effet, si tout le monde suivait la pensée de Horace, l’Homme n’aurait plus de but dans sa vie puisque, ne pouvant se fier au lendemain, il ne pourrait établir de projet. Il serait dès lors « condamné » à jouir uniquement de petits plaisirs du quotidien, lesquels deviendraient alors pathétiquement la seule raison de son existence. Pensons ainsi aux scientifiques qui, en suivant cette doctrine, ne mèneraient plus de recherches à long terme vu qu’ils se méfieraient de ce qu’il adviendrait de celles-ci dans l’avenir. Les hommes de science seraient alors désœuvrés (puisqu’une recherche ne s’effectue jamais en une seule journée) et il n’y aurait plus de progrès scientifiques, les chercheurs préférant s’adonner à leurs loisirs.
    Pour terminer, profiter du jour présent sans se fier au jour d’après est comparable à voter aujourd’hui une loi sans avoir vérifié q’elle puisse être appliquée dans un proche avenir. En effet, ni la première action ni la deuxième ne marquent une réelle prévoyance ou organisation quant à l’avenir. Or, vivre « au jour le jour » n’étant pas une situation très stable, il en résulte vite des inconvénients. En fait, l’application de la pensée de Horace peut devenir réellement néfaste vu que ne plus se fier au futur conduit à ne plus s’en soucier et donc à ignorer les impacts qu’ont sur lui nos actes présents. Il nous suffira de citer en exemple l’individu dont le plaisir aujourd’hui est de fumer et qui ne songe pas aux graves problèmes de santé qui l’attendent dans un proche avenir, pouvant même le conduire à la mort.


    Nous pouvons donc en conclure que nous sommes presque totalement en désaccord avec la pensée de Horace.
    En effet, bien que nous ayons relevé que, dans certains cas, « jouir du jour présent sans se fier le moins du monde au lendemain » est plausible, la proposition d’Horace reste la plupart du temps irréalisable, voir même néfaste.
    Pour terminer, nous pouvons remarquer que si Horace avait été cohérent avec lui-même, il n’aurait pas travaillé si longtemps à écrire ses pensées qui, de plus, avaient ainsi de grandes chances de passer à la postérité dont il se méfiait (mais qui, comble du paradoxe, lui assura quand même la pérennité).

                                                                                                    Auteur : Magali Geuens




L’amour, c’est être toujours inquiet de l’autre (Marcel Achard).


    J’ai pu constater que mes parents, même après vingt-quatre ans de mariage, sont toujours inquiets l’un de l’autre.
    Cela semble donc confirmer la réflexion de Marcel Achard qui fait dire à « Jean de la lune » : « L’amour c’est être toujours inquiet de l’autre ».
    Pour quelles raisons peut-on dire qu’aimer, c’est être toujours inquiet de l’autre ? Et par contre, faut-il vraiment être toujours inquiet quand on aime?


    Aimer c’est… Mais au fait, qu’est-ce qu’aimer ? Aimer, c’est fondamentalement vivre en relation avec autrui, partager les faits de la vie quotidienne ; aimer, c’est vivre ensemble.
    Toute relation d’amour est un engagement à donner la primauté à l’être aimé ; c’est accepter d’être troublé dans sa quiétude.
    Mais avant tout, il me paraît nécessaire de déterminer les différentes acceptations de l’expression « être inquiet » avant de poursuivre toute autre réflexion.
    En effet, être inquiet (in-quiet), être troublé dans sa quiétude, ne jamais avoir le cœur ou l’âme en repos, peut être perçu de deux manières différentes.
    Pour la plupart des gens, être inquiet, c’est être angoissé à l’idée que quelque chose de fâcheux puisse arriver à l’autre. Cette expression prend ici une connotation plutôt négative et l’on peut se demander si cette peur ne risque pas de figer l’amour. En effet, la peur paralyse l’élan et l’amour s’en trouve ainsi freiné. Alors que l’amour, c’est la vie et vivre, c’est aller toujours de l’avant. Je crois qu’il conviendrait de donner plus d’importance au mot « être », signe de vie qu’au mot « inquiet » sous-entendant le pessimisme.
    D’autre part, on peut envisager un sens plus positif, plus constructif à l’inquiétude en l’envisageant comme un souci de l’autre, de son bonheur et de son bien-être.
    Il est vrai que « l’amour est inquiet par essence » comme l’écrit Francharme. Je suis en effet convaincu qu’on n’est jamais en repos si l’on souhaite contribuer au bonheur de ceux qui font l’objet de toute notre attention, être attentif à leurs souhaits et être toujours disponible, c’est-à-dire à tout moment et sans condition.
    « Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l’après-midi, à trois heures, je commencerai d’être heureux. Plus l’heure avancera, plus je me sentirai heureux. A quatre heures, déjà, je m’agiterai et je m’inquiéterai ; je découvrirai le prix du bonheur », dit le Petit Prince de St Exupéry. N’est-ce pas là un superbe résumé de la pensée qui nous occupe ici ?
    L’inquiétude peut même faire prendre conscience de l’existence de cet amour voire même parfois le faire naître. Ainsi, lors de l’accident de l’avion dans lequel un être cher se trouve, l’inquiétude puis la joie de le retrouver nous fait réaliser que ce sentiment, jusque là non déclaré, est peut-être de l’amour .
    Mais il convient de ne pas se limiter à l’amour conjugal, car il me semble que tout amour est inquiet. Cette opinion est partagée par Gilles Archambault : « Quand on choisit d’aimer quelqu’un, on accepte d’être inquiet. » Ainsi les parents s’inquiètent pour leurs enfants et ce d’autant plus que l’avenir de ceux-ci reste à bâtir. Si le devenir de nos enfants nous trouble, c’est par le mystère qui l’entoure et l’inconnu qu’il cache.

    Par contre, il est permis de dire qu’aimer, ce n’est pas toujours être inquiet de l’autre.
    Je serais donc tenté de nuancer la réflexion de Marcel Achard, car une inquiétude trop excessive et permanente risque d’être perçue par l’autre comme une entrave à sa liberté. Dans l’amour, la liberté, qui ne doit pas être confondue avec la licence, permet à chacun de s’épanouir. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut verser dans la négligence de l’autre.
    Ainsi, aimer son enfant, c’est à la fois rester des guides conscients de ses responsabilités et admettre qu’il prenne de plus en plus ses distances par rapport au nid familial. Toujours, il restera leur enfant et les parents se feront toujours du souci pour lui. Néanmoins il serait judicieux de trouver un équilibre entre l’angoisse que l’on peut éprouver envers le devenir du partenaire et la confiance dans le cheminement qu’il poursuit.
    Ajoutons que la notion d’inquiétude fait référence à une réflexion d’ordre intellectuel : celui qui s’inquiète réfléchit très souvent, car il se demande s’il a bien agi ou pensé dans tel ou tel cas. Or, il faut se rappeler qu’aimer est un sentiment, un engagement dans la fidélité et non une notion intellectuelle comme semble le suggérer l’auteur à travers l’idée d’inquiétude ; on aime avec son cœur et d’une manière spontanée sans pour autant toujours s’inquiéter de l’autre. Un amour qui nous force à accepter l’autre (à la fois proche et différent de nous) tel qu’il est, avec ses qualités et ses faiblesses.
    De plus Marcel Achard en utilisant l’averbe « toujours » généralise quelque peu une situation. Il oublie que l’amour c’est aussi prendre soin de soi-même et être à l’écoute de ce qui vit au fond de nous-même. L’ attention à l’autre est d’ailleurs liée à une reconnaissance et une acceptation de nous-même avec nos qualités et nos propres imperfections. D’ailleurs, à titre personnel, nous pensons qu’on ne peut être disponible de cœur, de corps ou d’esprit si on n’est pas attentif à notre propre personne. On peut s’effacer pour le bien-être de l’autre sans pour autant s’oublier.
    S’accepter, c’est aussi s’aimer malgré nos limites. En effet, peut-on aimer l’autre si on ne s’aime pas soi-même ? « Pour savoir aimer les autres, il faut d’abord savoir ce que signifie s’aimer soi-même », précise le Dalaï-Lama. Nous dirons donc qu’un manque d’estime de soi est tout à fait négatif et que l’amour ne va pas jusqu’à la négation de soi.
    Pour terminer nous pourrions ajouter qu’une inquiétude excessive et entretenue fait naître l’angoisse et, dans certains cas, la jalousie qui étouffe et tue l’amour. Prenons l’exemple d’une épouse souffrant d’une trop grande angoisse liée aux risques du métier de son mari : elle frémit à chaque coup de téléphone et il peut même arriver qu’elle ne supporte plus cette angoisse permanente et divorce.


    Ainsi, vous aurez compris que notre point de vue est nuancé par rapport à la phrase de l’auteur.
    En effet, nous avons relevé des situations de la vie dans lesquelles il n’y a pas d’amour sans inquiétude. D’autre part, il nous semble que pour l’harmonie de toute relation où l’amour est présent, l’inquiétude ne doit pas être la principale préoccupation, car tout homme est créé pour aimer autrui sans pour autant toujours être tracassé.
    En fin de compte, si nous vivons un amour en suivant le conseil de Marcel Achard, nous aurions intérêt à nous inquiéter en priorité de l’avenir de notre amour.


                                                                                                    Auteur : Nicolas Doyen




La seule façon d’apprendre, c’est de contester. C’est aussi la seule façon de devenir un homme (Sartre).


    L’apprentissage est depuis toujours au centre de nombreuses polémiques. Il existe en effet de nombreuses opinions, parfois divergentes, quant à la manière optimale d’apprendre.
    Dans cette optique, certains penseurs tels que Jean-Paul Sartre estiment que la seule façon d’apprendre, c’est de contester. C’est aussi, pour lui, la seule façon de devenir un homme.
    Dès lors, le fait de contester nous permet-il réellement d’apprendre? La contestation est-elle le seul chemin menant à la connaissance et à la sagesse ? L’affirmation de soi en tant qu’homme passe-t-elle nécessairement par la contestation ?


     Dans un premier temps, nous pouvons affirmer que, pour pouvoir contester, il faut d’abord acquérir une certaine érudition. Il ne sert à rien de se présenter comme contestataire d’une thèse si l’on n’a pas étudié le sujet en question au préalable. En effet, cette contestation serait hasardeuse et n’aurait donc aucun poids. Elle ne nous permettrait donc pas d’avancer dans la connaissance.
     D’autre part, si la contestation est le seul moyen d’apprendre, alors il nous faut sans cesse contester, et cette attitude relève de l’infantilisme. C’est un comportement excessif et adolescent qui ne nous permet certainement pas de devenir des hommes. En effet, si l’on discute sans cesse ce que l’on veut nous apprendre, on n’avance pas. Le refus systématique de toutes les thèses existantes entraîne un profond état de stagnation. Il faut pouvoir accepter la raison des autres, accepter que certains soient plus érudits que nous dans certains domaines. Accepter cela nous rend aptes à apprendre. La contestation, quant à elle, est un refus d’apprendre.
     Aussi, même si nous acceptons que la contestation permette une certaine forme d’apprentissage, il nous faut préciser qu’il en existe bien d’autres. Que ce soit dans l’apprentissage de matières scientifiques, littéraires ou encore du comportement humain ou de la communication, l’expérimentation personnelle et la lecture d’ouvrages traitant de ces sujets sont certainement des moyens d’apprentissage aussi performants que la contestation.
     De la même façon, le fait de devenir un homme ne passe pas forcément par la contestation. On peut apprendre à devenir un homme en vivant des expériences difficiles, en aimant les siens. Chacun des avatars auquel la vie nous soumet nous rend plus forts, voire plus sages. Comme l’a dit Kipling : «Si tu es capable de tout perdre et de recommencer le lendemain sans rien dire à personne, alors tu seras un homme mon fils». Devenir un homme, apprendre, ce n’est pas forcément développer son intellect. Le courage et l’enthousiasme sont aussi des valeurs très importantes que l’on découvre en se battant, en souffrant et en aimant. Et cela la contestation ne peut pas nous l’apporter.
     De plus, refuser de reconnaître comme valable la pensée des autres, autrement dit contester, n’apporte pas nécessairement l’affirmation de soi en tant qu’homme. Car, devenir un homme, ce n’est pas acquérir les caractéristiques propres à tous les autres hommes, c’est-à-dire la virilité et la force. Devenir un homme, c’est accéder à la sagesse. Et comme le disait Socrate : «le plus sage est celui qui a conscience de sa propre ignorance». Le fait de devenir un homme ne passe donc pas forcément par la contestation, mais passe par la reconnaissance de son propre manque de sagesse. Et reconnaître que nous sommes ignorants, c’est aussi accepter la sagesse des autres, et donc accepter qu’ils nous apprennent, sans tout le temps contester leurs positions.

     D’un autre côté, nous devons accepter que contester, c’est oser s’affirmer. Contester, c’est prendre position face au monde et donc se définir en tant qu’homme. Le fait de devenir un homme passe donc par la con-testation. En effet, même si celle-ci est mal fondée et que nous devons nous rétracter, elle nous permet d’exercer une forme d’affirmation de soi, de nous situer par rapport au monde des idées. Contester, c’est oser être soi-même, oser être différent des autres.
     À ce sujet la personne qui apprend et devient un homme, au sens général du terme, est comparable à un fils devant quitter la maison paternelle. Il doit bien sûr obéir pendant un temps aux ordres et principes de son père, mais s’il veut être un homme et devenir capable de fonder une famille, lui aussi, il doit parfois s’opposer à son père. L’opposition est en effet parfois nécessaire à la séparation. Peut-être que lorsqu’il aura atteint la sagesse, il reviendra aux idées de son père. Mais s’il veut apprendre et devenir un homme, il doit dans certains cas contester ces idées : les accepter serait en quelque sorte s’endormir pour ne plus être que l’ombre de son père.
     De la même façon, si l’on veut réellement apprendre à s’affirmer en tant qu’homme, il faut souvent contester ce que l’on nous apprend, avoir un esprit critique. Cette contestation est extrêmement importante, surtout à notre époque, car si nous ne critiquons pas certaines informations que nous recevons, nous risquons d’être soumis à une idéologie aliénante. Ainsi les médias, par exemple, risquent de nous faire accepter comme naturel ce qui ne l’est pas. Ils possèdent en effet cette force inacceptable de nous faire accepter une thèse que nous ne partageons pourtant pas. Il faut donc contester pour ne pas se laisser piéger.
     De surcroît, si nous regardons en arrière, nous constaterons que, si l’histoire des hommes n’avait pas été jalonnée de contestataires, la pensée humaine et la société n’auraient dans certains domaines jamais progressé. Où en serait la science si Galilée n’avait pas contesté les affirmations de Ptolémée en disant que la terre tournait sur elle-même. Où en serait l’humanité si des hommes tels que Voltaire n’avaient pas lutté contre l’intolérance ? Certains d’entre eux se sont trompés, mais ils ont montré par leurs erreurs la vraie voie à suivre. La contestation est donc, comme nous le montre l’histoire, parfois indispensable à l’apprentissage.

     Finalement, si nous considérons la phrase de Sartre selon sa philosophie de l’existentialisme, la contestation ne doit pas être vue sous un angle négatif. Elle permet à l’homme de se construire, de continuer à progresser, de se redéfinir sans cesse. Peut-être que lorsqu’il contestera une idée et ensuite y adhérera, sa contestation sera alors perçue comme infantile et non fondée. Mais cela n’a pas d’importance, car il aura construit lui-même sa propre opinion, sa propre définition de lui-même. Il se sera affirmé en tant qu’homme.
     La contestation ne permet cependant pas tout. Elle ne permet pas de devenir respectable, aimable, réfléchi... L’apprentissage de la vertu connaît d’autres chemins tels que la foi et l’amour. Mais contester pour apprendre est une démarche très positive, car l’apprentissage ne consiste pas à emmagasiner la connaissance mais à la faire sienne, à l’intérioriser.


     Ainsi, nous sommes donc partiellement en accord avec l’assertion du philosophe Jean-Paul Sartre.
     En effet, nous avons déterminé que si la contestation n’est pas le seul moyen d’apprentissage et ne permet pas d’accéder à toutes les formes de connaissance, elle permet dans certains cas d’apprendre et de devenir un homme.
     Et, en fin de compte, si Sartre a écrit cette phrase où il affirme que la contestation est le seul moyen d’apprendre et de devenir un homme, il doit accepter que, pour apprendre, nous devions contester son propos.


                                                                                                    Auteur : Olivier Odaert

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Published by Jean-Pierre Leclercq - dans ÉCRIRE
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