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1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 00:08
Emilio Danero
Nous ne pouvons échapper aux arguments qui nous envahissent dans la vie de tous les jours. Les bons arguments sont la force de ceux et celles qui cherchent à convaincre ou à persuader leurs interlocuteurs même si ce qu’ils affirment est totalement faux ! Encore faut-il être capable de connaître ces arguments et de les utiliser à bon escient. Il convient également de les reconnaître en sachant que certains d’entre eux ne cherchent qu’à nous manipuler d’une manière peu convaincante.
Je vous propose donc, après une courte introduction à l’argumentation, de découvrir quelques arguments fort utilisés dans des situations diverses. La liste de ces arguments n’est bien sûr pas exhaustive, mais elle offre déjà un aperçu relativement étendu de la question.


1) But de l’étude de l’argumentation

• Un argument est un élément d’information qui pemet de persuader un interlocuteur de la justesse de la thèse que je défends. Argumenter, c’est essayer, au moyen du langage, d’influencer son interlocuteur en donnant des raisons (ou une raison). Certains arguments sont plus solides que d’autres. Il faut également savoir que l’utilisation d’un argument n’atteste pas nécessairement la vérité de l’idée défendue !

• L’argumentation est présente partout. En effet nous pouvons la découvrir à travers la conversation courante, les affiches publicitaires, les textes de la presse, les discours électoraux, etc.

• Étudier l’argumentation nous permet de lire, d’une manière critique, les textes argumentatifs et de découvrir l’écriture argumentative.

• Nous vivons aujourd'hui dans une « culture en mosaïque » pour employer les termes du sociologue Abraham MOLES. Cette situation ne facilite pas toujours les choses. Comment, en effet, bien vivre dans une culture et un monde très complexes ?

D’une manière concrète, l’ expression « culture en mosaïque » peut revêtir trois caractéristiques différentes :

- En premier lieu, notre culture offre des informations nombreuses. Tellement nombreuses que les encyclopédies actuelles, pour ne prendre qu’un exemple, sont obligées d’évoluer rapidement et constamment.
- En outre les informations sont contradictoires. Tel politicien affirme qu’il convient de résoudre un problème déterminé d’une façon bien particulière. Tel autre politicien affirme que le problème en question doit être résolu d’une tout autre manière !
- Enfin ces informations sont changeantes. Par exemple, il y a quelques années, on estimait que le tabac était une réalité sociale quasi inévitable. Aujourd’hui l’on se rend compte des dégâts que le tabac peut causer.

• Nous pouvons déceler deux attitudes néfastes :
- la première attitude néfaste consiste à accepter tout ce qui est dit de nouveau. Pensons, par exemple, à ces jeunes qui, manipulés par la société de consommation, se précipitent continuellement sur le dernier portable à la mode qui leur est présenté !
- la seconde attitude consiste à être imperméable à toute information nouvelle (on décide dans ce cas de camper sur ses propres positions). Par exemple, certaines personnes refusent de s’intéresser à certains groupes rock actuels, car elles sont plongées dans leur passé et persuadées que la qualité ne peut être associée qu’à ce passé !

La position correcte consiste à la fois à échapper aux phénomènes de la mode et à ne pas se river aux idées acquises. Une capacité d’échanger et de changer est donc nécessaire et ce sans pour autant devenir une girouette au gré des vents. Cela réclame l’aptitude à lire et à écrire des textes argumentatifs. Il faut donc apprendre la distance critique par rapport à ce qu’on entend pour ne pas se laisser se manipuler.


2) Les deux pôles de l’argumentation

a) Le pôle démonstratif
La démonstration est l’art de convaincre par la rigueur du raisonnement à partir de faits vérifiables.

b) Le pôle persuasif
La persuasion est l’art de convaincre par la séduction à partir des besoins, des désirs et des opinions (on ne démontre rien).

Remarques :
• Certains chercheurs font la distinction louable entre les verbes CONVAINCRE (argumentation qui fait appel à la raison, aux facultés d’analyse et de raisonnement de l’interlocuteur) et PERSUADER (argumentation qui agit sur la sensibilité de l’interlocuteur).
• Il faut savoir que l’on peut rester persuadé d’une idée alors qu’un interlocuteur démontre la fausseté de cette idée.
• En outre, on peut admettre une démonstration sans pour autant être convaincu, persuadé de la véracité de l’idée défendue.
• Le discours
- scientifique, philosophique, juridique... est plutôt démonstratif.
- publicitaire, amoureux, politique, électoral, amoureux... est plutôt persuasif.


1) Les procédés argumentatifs

a) Les arguments logiques (pôle démonstratif)

• L’induction

Argument qui consiste à partir d’un fait particulier (ou de plusieurs faits particuliers) afin d’en tirer une règle générale.

Exemple :

La criminalité est toujours bien présente dans les pays qui maintiennent la peine de mort. La peine de mort ne peut donc être considérée comme un facteur dissuasif pour les criminels.


• La déduction

Argument qui tire un fait particulier à partir d’une idée générale (on progresse du général vers le particulier).
Le syllogisme est le type même du raisonnement déductif : de deux propositions générales appelées prémisses (la majeure et la mineure) est tirée une conclusion particulière.

Exemple :

Le gouvernement a décidé de sanctionner le milieu médical.
Ainsi plusieurs médecins, qui auraient pratiqué l’euthanasie dans quelques hopitaux la semaine passée, seront bientôt convoqués.



• Le raisonnement causal

Argument qui mentionne la cause d’un fait précis pouvant être notamment repéré à travers les indicateurs de la relation causale comme « parce que », « c’est pourquoi », « car », etc.

Exemples :

1) Il boit parce qu’il échoue dans la vie conjugale.

2) Quand des jeunes portent des vêtements à la mode, on peut être certain qu’ils ont été influencés par les médias.



• L’argument par la conséquence

Argument qui montre la réalité ou la vérité d’une idée ou d’une valeur au moyen de ses conséquences ou des conclusions qu’on peut en tirer.

Exemple :

Un usage abusif d’Internet peut créer une très forte dépendance qui nous coupera tous les liens avec le monde extérieur.


• Le raisonnement dialectique

Argument qui consiste à partir de deux propositions contraires. À partir de cette contradiction on produit une troisième proposition qui apporte quelque chose de neuf.

Exemple :

Tu affirmes que le temps est destructeur dans la mesure où il rend notre vie éphémère, où il ne nous fera pas revivre notre passé...

Néanmoins tu t’empresses d’ajouter que le temps peut être considéré comme notre allié, car il nous permet de nous souvenir, de progresser...

Je me permets de te signaler qu’il est possible de voir les choses autrement ! Il est en effet indispensable de pouvoir oublier certains aspects de l’existence afin de mieux supporter la vie et/ou d’agir. En outre il est heureux que, grâce au temps, l’homme ne vive pas les mêmes événements et puisse ne pas toujours recommencer les mêmes choses.



b) Les arguments quasi-logiques (pôle à la fois démonstratif et persuasif)

• La définition

Argument qui consiste à passer d’un terme à son explication détaillée. Il faut noter que la définition est une forme de manipulation, car elle fait toujours un tri personnel entre des réalités différentes.

Exemple :

Être heureux, c’est gagner beaucoup d’argent !

Il est facile de critiquer cet argument ! Fort heureusement de nombreuses personnes peuvent prouver que le bonheur n’est pas lié à des valeurs exclusivement matérielles.


• La narration

Argument qui utilise le récit à l’intérieur de l’argument. Cet argument nous fait songer aux fables de La Fontaine : la fable, servant à illustrer une morale, relève de ce type d’argument.

Exemple :

Je n’oublierai jamais ce jour lointain de mon adolescence. J’avais environ quinze ans et j’accompagnais, en voiture, mes parents pour un voyage vers la France. À un moment donné je vis des corps déchiquetés sur la route. Un terrible accident de voiture venait de se produire. J’appris plus tard qu’une famille bien imprudente avait traversé la route pour acheter quelques produits dans une échope. Elle avait été fauchée par un conducteur qui roulait à une vitesse incroyable !
Aujourd’hui encore des accidents aussi graves se produisent. On peut donc comprendre l’acharnement du gouvernement qui ne sera jamais assez insistant afin de rappeler la nécessité de rouler à une vitesse raisonnable.



• La comparaison

Argument qui cherche à établir des relations entre des faits appartenant au même univers de discours dans un espace et / ou un temps différent.

Exemple :

Jadis les écoles avaient un taux de redoublement très élevé. Aujourd’hui ce taux est bien plus faible : c’est une bonne chose, car le fait de redoubler ne résout pas les problèmes.

Cet argument par la comparaison peut être contesté. Il faut en effet savoir que c’est avant tout le gouvernement, relayant l’avis très à la mode de certains pédagoques, qui critique le redoublement pour des raisons souvent économiques (ces dernières n’étant bien sûr pas affichées !). En outre tous les redoublements ne sont pas nécessairement négatifs. Dans certains cas le redoublement peut constituer un moyen permettant à l’élève de repartir sur de nouvelles bases.


• L’analogie

Cet argument cherche à établir des relations entre des faits qui n’appartiennent pas au même univers de discours. L’analogie offre un raisonnement à quatre termes (A, B, C, D). On doit en outre observer une similitude de rapports entre A et B et entre B et C ( A est à B comme C est à D).

Exemple :

On ne peut nier l’influence positive du multimédia dans l’enseignement, mais il ne faut pas croire que le multimédia peut se substituer à l’enseignant. En effet une classe sans professeur est comme un un navire sans commandant ! La classe comme le navire auront toujours besoin d’un guide pour mener les gens à bon port !


• La règle de réciprocité

Argument qui posant une relation entre A et B postule une relation symétrique entre B et A. Tout ce qui peut se dire de A peut se dire aussi de B et réciproquement.

Exemples :

• Si vendre ces produits n’ est pas honteux pour vous, les acheter ne l’ est pas non plus pour nous.
• Je vous ai écouté. Écoutez-moi !
• Les peuples asiatiques peuvent paraître étranges à nos yeux, mais nous pouvons paraître étranges aux yeux des peuples asiatiques.



La règle de justice ( argument « a pari »)

• Ce qui est identique, relève de la même catégorie de faits doit être traité de la même façon (cet argument refuse donc la partialité).

Exemple :

Si ton frère a reçu de l’argent de poche, ta soeur doit aussi en recevoir.


• La règle du précédent

Ce qui a été fait une fois, il faut le continuer (règle du précédent).

Exemple :

Un spectacle fut monté l’année passée. Un nouveau spectacle doit donc être créé cette année.


• L’inclusion

Cet argument stipule que ce qui vaut pour le tout vaut pour chacune des parties.

Exemple :

Vous savez que le pays ne peut vivre sans augmenter les recettes fiscales. Vous comprendrez donc que chacun doit accepter cette augmentation.


• La partition

Argument qui consiste à diviser un tout en différentes parties et à argumenter sur chacune des parties.

Exemple :

Cette nouvelle voiture offre un confort exceptionnel, un moteur diesel très silencieux et une sécurité inégalée grâce au nouveau système des freins.


• La probabilité

Argument qui projette vers le futur un événement posé comme probable.

Exemple :

Il va l’emporter, car les sondages lui sont de plus en plus favorables.


• L’absurde

Argument qui révèle les conséquences absurdes d’une proposition pour la réfuter.

Exemple :

Ne me répète plus que le silence est d’or ! Si je t’avais écouté, j’aurais dû me taire alors que mon fils s’apprêtait à manger ce soir-là un champignon nocif !



• Le paradoxe

Argument qui remet en question des valeurs bien établies, prend le contrepied des opinions communément admises (les valeurs sont inversées).

Exemple :

Le café, ce breuvage qui fait dormir quand on n'en prend pas (Alphonse Allais).


• L’argument par la notion (appelé aussi argument a priori) :

La simple analyse d’une notion, d’une réalité, d’un mot ou d’une idée fournit déjà une preuve que l’on appelle preuve a priori.

Exemple :

Le langage ne permet pas toujours de bien traduire la réalité. Pensons au mot « pédophile » dont l’étymologie est loin de recouvrir la réalité ! Un « ami des enfants » ? Allons donc !


• L’argument par l’exemple

Argument qui table sur un fait particulier du même domaine. On prouve que l’idée défendue est correcte grâce à l’exemple.

Exemple :

Il convient de limiter l’usage de la télévision qui abêtit de plus en plus les jeunes. Il suffit, par exemple, de voir le nombre grandissant d’émissions qui relèvent d’une sous-culture !


• L’argument a minori

Argument qui consiste à conclure du plus au moins, du supérieur à l’inférieur.

Exemple :

Comme il a étudié la faune à l’université il pourra bien identifier l’animal qui a détruit sa récolte.


• L’argument a fortiori

Argument qui consiste à conclure du moins au plus, de l’inférieur au supérieur.

Exemple :

• Il gère très bien sa vie familiale sur le plan économique. Il sera donc bien capable de gérer cette nouvelle société sur le plan financier.
• Tu es incapable de mémoriser une vingtaine de pages de ton cours. Tu ne pourras donc jamais mémoriser de volumineux cours universitaires.



• L’argument par le silence

Argument qui consiste à :
- ne rien dire d’un fait que l’on sait exister
- mentionner le fait que l’on ne dit rien
- dire que ce que l’on dit ne vaut pas la peine d’être dit

Il est à remarquer que le sous-entendu peut constituer un argument par le silence.

Exemples :

• Il est inutile de rappeler les atrocités commises par les nazis.
• Un journaliste : Qu’avez-vous à dire des accusations portées contre vous ?
Réponse : « Je n’ai aucune déclaration à faire. »
• Il est inutile de décrire les bienfaits que le sport nous procure. Il suffit d’en faire !



• L’argument a contrario

Argument qui part de l’idée que des éléments opposés doivent être traités d’une manière opposée.

Exemple :

J’estime que les citoyens ayant un salaire modeste doivent être peu taxés, car ils ne peuvent vivre que modestement. Les citoyens aisés doivent être, quant à eux, taxés davantage, car ils peuvent vivre dans un certain luxe.



c) Arguments rhétoriques (pôle persuasif)

• La valeur

Argument qui consiste à asséner des vérités plus qu’ à démontrer. Cet argument se réfère aux grandes valeurs, aux repères moraux qui semblent partagés par tous, du moins dans une société donnée. Ces valeurs peuvent être abstraites (le beau, le bon, la liberté, l'égalité... ou plus concrètes ( l'Eglise, la patrie...).

Exemples :

• Liberté ! Égalité ! Fraternité !
• Moins dix ans (publicité Roc)



• La norme (ou l’évidence ou le bon sens)

Argument qui consiste à poser les choses comme étant évidentes.

Argument que l’on reconnaît aux expressions suivantes :

• Il va de soi que
• Il faut que
• Il est évident que



• La pétition

Argument qui consiste à tenir pour certain ce qu'il s'agit précisément de démontrer. C'est affirmer dans une des prémisses ce qui est supposé être prouvé dans la conclusion.

Exemple :

A dit : « Il fait les meilleurs spaghettis parce que tout le monde en mange. »
B dit : « Et pourquoi tout le monde en mange ? »
A répond : « Parce qu'ils sont les meilleurs ! »



• L’hypothèse

Argument qui énonce les conséquences d’un fait possible pour changer l’opinion.

Exemple :

Si vous ne me faites pas une remise, je solliciterai votre concurrent.


• L’alternative

Argument qui consiste à ne présenter que deux solutions possibles à un problème et à amener la personne à choisir une des solutions.

Exemple :

• Ou bien tu décides de continuer à fumer en sachant que tu te détruis. Ou bien tu décides d’arrêter totalement de fumer en sachant que tu prolonges ainsi ta durée de vie.
Choisir de fumer un peu n’est donc pas une solution, car les chances de réussite sont quasiment nulles !
• « C’est moi ou le chaos » (de Gaulle)



• La question

Argument comprenant une question impliquant la réponse.

Exemple :

Ne serais-tu pas content de recevoir une crème glacée ?


• L’autorité

Argument qui recourt à une autorité défendant le point de vue que l’on soutient (ces autorités sont des des personnes reconnues comme expertes dans un domaine déterminé, des extraits d’oeuvres ou d’articles, des statistiques, des proverbes et citations, etc.).

Exemples :

• Il ne faut pas croire que les gens sont indifférents à l’esprit d’unité. Le roi lui-même, dans son dernier discours, insiste sur l’idée d’unité qui lui semble essentielle à la survie du pays.
• Les plus grands spécialistes du monde médical mettent en avant les bienfaits du sport.



• L’argument ad hominem

Argument qui contrecarre une argumentation en discréditant la personne qui la soutient (on met, par exemple, en doute ses capacités). On discrédite donc la personne qui défend des arguments plutôt que les arguments eux-mêmes.

Exemple :

La semaine passée tu as dit exactement le contraire de ce que tu affirmes aujourd’hui ! Alors permets-nous, aujourd’hui, de ne pas t’ accorder du crédit !


• L’argument ad personam

Argument qui consiste à attaquer personnellement l’adversaire (souvent en l’insultant).

Exemple:

Tu affirmes que Dieu existe. Tu es un fameux crétin !


• L’argument ad ignorantiam

Argument qui s’appuie sur le fait qu’une thèse n’est pas pertinente étant donné l’absence de preuves.

Exemple :

Dieu n’existe pas, car tu ne peux pas prouver que Dieu existe !


• L’argument par la force

Argument qui met la pression sur l’interlocuteur en ne lui laissant aucun choix.

Exemple :

• Ton argent ou je te tue !
• Si vos performances ne s’améliorent pas, nous serons obligés de vous licencier.



• L’argument indirect

Argument qui consiste à dire quelque chose sans encourir la responsabilité de l’avoir dit (ce qui est important c’est ce qu’on sous-entend ou présuppose mais que l’on ne dit jamais directement).

Exemple d’argument raciste :

« Il est urgent de lutter contre l’invasion des étrangers dans notre pays »

Cette phrase sous-entend que les étrangers sont nuisibles !


• L’argument poétique

Argument dont la construction elle-même est persuasive (on est charmé par un langage original qui fait appel à des ressources poétiques ; on a l’impression que l’idée défendue est vraie, car elle est exprimée à travers un « beau » langage !).

Exemple :

Jex four, c'est jextraordinaire !

                                                             
                                                                                   Illustration : Emilio Danero




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Published by Jean-Pierre Leclercq - dans ANALYSER
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