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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 21:38
Plusieurs tests orthographiques vous sont proposés dans cet article : la plupart des dictées ont été créées personnellement. Mon collègue Frédéric Michaux a rédigé les trois derniers tests. Nous y avons injecté plusieurs règles orthographiques à partir de l’article « Erreurs les plus fréquentes ».
Vous pourrez vous exercer en classe, en famille ou avec vos amis ! Gagnera le concours « Jipi-boum » (mon expression consacrée bien connue de mes étudiants !) celui ou celle qui ne commettra aucune faute ! En octobre 2002, un étudiant (Bastien Verdoot) a obtenu la grande palme de la « Dictée Leclercq » pour un « Un homme étrange » : boutade lancée par un ancien étudiant qui faisait référence à la dictée annuelle de Bernard Pivot ! Ce record absolu a été obtenu par un de mes étudiants de cinquième (classe équivalente à la seconde en France) qui n’a commis aucune erreur ! Un autre étudiant de cinquième (Aubry Vandeuren) a gagné le concours « Jipi-boum » en mars 2005 avec le texte « La dernière cigarette ».
Je vous rassure tout de suite : ces dictées sont d’un niveau bien plus facile que celles de Bernard Pivot !
Selon la longueur de chaque test et le groupe auquel vous vous adressez, il est conseillé de partager chaque texte en deux ou trois parties.

 

1) Un homme étrange

Ce texte évoque en partie les idées remarquables du philosophe Henri Bergson à propos du comique

        Un homme, à l’air très sérieux, traversa l’assemblée. Néanmoins il semblait qu’il ne fût pas cet orateur académique qu’elle avait cru observer sur l’affiche appliquée à l’entrée du bâtiment.
        Tous les regards s’étaient braqués sur lui. Quoiqu’il parût bien réel, sa démarche tout entière et son regard quelquefois lointain faisaient songer à un être bizarre venu d’ailleurs. L’assemblée se mit soudainement à rire : elle s’était imaginé que cet homme allait faire un numéro de clown.
        Tout à coup il voulut prendre la parole et dit, à ces hommes et ces femmes, ces paroles étranges qui les calmèrent quelque peu : « Je suis venu vous parler du rire. Quel que soit votre point de vue à ce sujet, je voudrais vous transmettre les idées que j’ai lues un jour dans l’ouvrage d’un éminent philosophe.
        Le comique n’existe pas en dehors de l’homme. On ne peut rire d’un paysage. Et si l’on rit ne fût-ce que d’un animal, c’est parce que l’on aura surpris, chez lui, une attitude tout autre qui évoque celle d’un homme. Et si l’on rit d’un objet, c’est parce que celui-ci aura pris la forme que l’homme lui aura donnée. Ainsi vous remarquerez que le rire est toujours associé à l’homme quoi que vous en pensiez ! L’homme est donc un animal qui fait rire.
        J’ajouterai que le rire est lié à l’indifférence et ne s’adresse qu’à la seule intelligence. Ainsi il suffit que vous regardiez des danseurs en bouchant vos oreilles : ceux-ci vous paraîtront ridicules car vous ne tenez pas compte des sentiments liés à la musique.
        Pour terminer je vous signale que l’on n’apprécierait guère le comique si l’on se sentait isolé... ».


2) Un homme perdu

        Les livres lus la semaine passée lui étaient en quelque sorte indifférents. Ses amis s’étaient désormais imaginé que plus rien ne l’intéresserait. Il était insensible aux bibelots que lui avait offerts sa mère, aux deux mille disques qu’il avait entendus grincer sur sa platine. Tous ses proches s’étaient rendu compte, ne fût-ce qu’un instant, qu’il se faisait brûler moralement. Quoiqu’il fût encore jeune, Pierre avait plein d’ idées noires qui traversaient tout son esprit et le détruisaient. Sa fiancée, comme toute autre femme, aurait peut-être réagi différemment.
        Il décida d’annuler l’achat de sa future demeure (idée qu’il s’était forgée depuis quelque temps). Au moment où il se convainquit de quitter son appartement et la ville, il dut se contenter de quelques vêtements auxquels il tenait d’habitude beaucoup et il abandonna, entre autres, une foule d’objets divers qui s’amoncelaient depuis des années. « On n’a pas toujours le choix » se rappela-t-il précipitamment. Pierre et sa fiancée avaient toute leur vie été englués dans la richesse qui les étouffait tous deux chaque jour davantage, mais ils ne s’étaient jamais doutés de l’inutilité du luxe. Quel que soit son désir de tout quitter, Pierre n’oublierait jamais la gentillesse, l’honnêteté de ses voisins de palier et surtout leur esprit de tolérance, car ils lui avaient enseigné la censure des préjugés.
        Cette histoire, lecteur, s’était passée à Paris, une ville où tant de souffrances embrasent les coeurs , où l’on ne respire qu’ à travers le langage de l’indifférence, à travers le trafic intense des idées pleines de suffisance et de médiocrité.
        C’est dans cette ville-là que sa fiancée l’avait poussé à se libérer de tous les cauchemars qui, pesants, noircissaient la plupart de ses rêves. Depuis lors, Pierre plongea dans chacun des espoirs insoupçonnés qui lui seraient offerts. Il était d’ailleurs bien résolu à oublier son passé.
        Un jour, en se promenant par hasard dans son village natal, il rencontra sa mère, une femme distinguée entre toutes, mais avec laquelle il s’était toujours ennuyé. Pierre et sa mère s’étaient en tout temps fait du mal. Il aurait enfin souhaité lui révéler les secrets blessant son coeur. Il se demanda quelle pouvait être la réaction de sa mère. Il se sentait obligé de lui confesser sans fard ce qui le tenaillait depuis des lustres. Ce qu’il fit sans plus tarder.
        Le lendemain, le journal local apprit à tous les habitants d’un petit village qu’une femme était décédée après avoir entendu l’horrible secret de son fils : il lui avait avoué ne l’avoir jamais aimée.
        Pierre fut accusé d’homicide volontaire sur la personne de sa mère. Le verdict fut sans appel : il fut condamné et incarcéré dans l’île de la solitude... un île lointaine dont on ne revient, paraît-il, jamais plus.


3) Un inspecteur patient

        La plupart des dossiers que l’inspecteur avait lus la semaine passée ne lui permirent pas de faire incarcérer le dernier suspect. Quant aux parents de la victime, patients depuis plusieurs semaines, ils s’étaient imaginé que l’inspecteur avait soi-disant décidé de se moquer d’eux.
        Une tout autre idée traversait désormais l’esprit de l’inspecteur. Et si l’assassin avait, ne fût-ce que pour le faire lanterner, volontairement laissé quelques faux indices sur le corps de la jeune femme ? Quels que soient les mobiles du meurtre, il fallait agir vite. L’inspecteur se plongea davantage dans une profonde réflexion et distingua mentalement les différentes solutions qui s’offraient à lui.
        La situation était urgente, car tout le village souhaitait qu’il élucidât enfin l’affaire.
        Quoiqu’il fût jeune, l’inspecteur impressionnait ses collègues : ils le considéraient comme un homme auquel l’on pouvait se confier et qui était susceptible de calmer les esprits. Quelle que soit sa décision, ils étaient prêts à braver les pires dangers pour lui. Et cela quoi qu’il arrivât...
        Comme chaque matin, l’inspecteur appela les membres de son équipe. Les policiers qu’il avait envoyé chercher tardaient à arriver. Il avait aujourd’hui besoin de tous ses hommes. Ceux-ci, impressionnants dans leur costume bleu foncé, s’étaient interrogés sur le pourquoi d’une demande aussi brusque. En effet, depuis quelques mois, ils s’étaient habitués au calme relatif de leur supérieur. Mais ce matin l’atmosphère tout entière semblait tendue et alourdie par des nuages rouges courant dans le ciel d’été. L’inspecteur patienta quelque temps dans son bureau. L’arrivée des policiers était imminente. Cette attente quotidienne lui semblait quelquefois si longue qu’il en oubliait parfois la raison de leur venue.
        Il se demandait s’ils avaient pu faire abstraction de tous leurs problèmes personnels. En effet, lui et ses hommes devaient faire progresser cette nouvelle enquête à laquelle ils étaient confrontés !


4) Une femme triste

        Elle était plongée dans ses rêves. Quant au décor qui l’environnait, il lui faisait songer quelquefois à son état de désolation. La pièce sombre, dont elle avait fermé les volets, était comme un navire échoué au milieu de l’océan. Plus rien ne l’intéressait hormis cette petite horloge qu’elle avait voulu acheter avant son départ et qu’elle avait posée sur le buffet...
        Les nombreuses maisons de location qu’elle avait visitées ne suscitaient en elle aucun enthousiasme. Seul ce petit appartement au bord de la mer l’avait charmée. En s’y installant pendant sa semaine de vacances, elle espérait ainsi échapper pendant quelque temps à une envie soudaine de se voir disparaître. Quoiqu’elle fût à la fleur de l’âge, ses illusions tout entières s’étaient écroulées. Pourquoi, en effet, continuer à vivre si l’être qu’elle aimait le plus au monde avait décidé de la quitter ? Pourquoi d’ailleurs l’avait-il abandonnée ? Elle s’était souvent reposé cette question qui, à chaque fois, était restée sans réponse. Elle espérait toujours qu’il revînt sur sa décision. Le plus éprouvant était cette absence de justification. Elle aurait tellement apprécié qu’il songeât à lui parler davantage avant qu’il ne se désintéressât d’elle. Rien de pire que certains mystères déchirant vos espoirs d’une lame douloureuse. Quelles que soient les raisons du départ précipité de son fiancé, elle souhaitait qu’il l’aidât à comprendre sa décision.
        Ce jour-là, cependant, l’air de la salle de séjour était comme imprégné d’un parfum léger. Curieuse impression alors que, les jours précédents, l’atmosphère de son appartement était alourdie par l’ amertume de toute sa désillusion.
Tout à coup une odeur d’écume, mêlée à la saveur d’un été radieux, traversa les murs de sa chambre et l’invita à vivre ses rêves les plus fous. Un sursaut d’espoir fit tressaillir tout son corps et d’un geste vif elle repoussa les battants de la fenêtre. La lumière giclait au bord de ses paupières. Sa tête allait éclater d’un bonheur indicible qu’elle n’avait plus connu depuis bien longtemps.
        Des cris d’enfants lui rappelaient le bonheur qu’elle pouvait encore espérer. Le soleil ressemblait à un coquillage de lumière qui dansait sur les vagues. L’air doux qu’elle respirait était une chanson de sérénité retrouvée.
        Elle porta son regard à l’horizon. Là-bas, très loin, il lui semblait voir l’ombre triste d’un homme qui lui souriait aux anges.


5) L’orage

        Elle s’était déjà blessée à plusieurs ronces et la pluie battait ses yeux avec une force étonnante. Rien de comparable cependant avec les pluies qu’elle avait dû affronter cet hiver. Quoiqu’elle fût habillée chaudement, elle avait l’impression que l’eau traversait son corps comme un poignard de neige.
        Soudainement elle crut voir distinctement une lueur rouge. Elle souhaitait que celle-ci continuât à éclairer son chemin comme une balise lui permettant de retrouver quelque espoir. La fatigue la surprit sans qu’elle ne s’en rendît compte. Toute autre femme aurait déjà succombé aux nombreux kilomètres qu’elle avait parcourus. Quelle que fût sa détresse, elle poursuivit son chemin. L’eau atteignait parfois ses chevilles, mais rien ne l’arrêtait. Quoi qu’elle fît pour accélérer sa vitesse, elle pataugeait, à certains moments, dans des flaques de feuilles mortes qui ralentissaient sa progression. Elle avança encore quelques pas, ne fût-ce que pour se rassurer. Il ne lui restait plus beaucoup de temps pour survivre à l’oppression qui la tenaillait.
        C’est alors qu’un cri, qui semblait être celui d’un oiseau, lui fit penser à une longue plainte humaine. Elle vit tout à coup une femme, vêtue d’une robe au rouge étincelant, qui lui souriait étrangement. Une femme à la voix stridente et désespérée qui jaillissait de sa gorge comme pour la supplier de ne point l’abandonner... Les deux femmes s’étreignirent alors dans un dernier souffle d’espoir, espérant peut-être que leur rencontre allait éteindre toutes les souffrances qu’elles semblaient avoir vécues.


6) Le modérateur

        Pendant plusieurs mois de l’année il était modérateur dans un forum de discussion qu’il avait pour fonction de contrôler. Quels que soient les moments de la journée, il y rencontrait des êtres divers aux âges et aux intérêts parfois fort différents. Quoi qu’ils pussent affirmer, tous les membres lui permettaient de découvrir, à travers leurs messages, une tout autre dimension qui était susceptible de l’enrichir.
         Néanmoins il ne se doutait pas que son travail du modérateur pût parfois être si ingrat, car les difficultés étaient multiples. Il devait d’ailleurs veiller à ce que chacun respectât l’autre et à ce que les points de vue les plus divers fussent émis. Il n’était pas question qu’un membre se fît insulter ! Quoiqu’il n’eût pas envie d’exercer un rôle de tyran, il devait supprimer les messages injurieux ou grossiers que certains intervenants avaient postés et qu’il avait espéré ne jamais devoir lire. Il devait en outre susciter le dialogue en relançant perpétuellement de nouvelles discussions.
         Parfois les membres de la communauté lui posaient des questions précises ne fût-ce que sur l’utilisation du forum ou des questions liées à ses compétences personnelles. Étant donné qu’il était professeur de français, plusieurs intervenants, espérant trouver une solution à un problème en rapport avec l’utilisation de la langue française, n’hésitaient pas à le contacter. Sa présence comme animateur suscitait parfois des débats passionnants sur la nécessité de la maîtrise de la langue surtout lorsque l’on désirait créer un site. De plus il était très amusant de constater que, depuis qu’il était animateur, certains membres s’évertuaient à fournir un effort particulier pour mieux écrire ! On ne pouvait en effet que louer ces membres qui avaient bien compris qu’une communication efficace passait par le respect de l’autre à qui l’on s’adressait. Plusieurs d’entre eux s’étaient rendu compte que bien écrire était une manière de considérer l’autre qui avait le droit d’obtenir une information claire et correctement formulée.


7) L’image

        Quoi qu’il pût se passer, il voulait dorénavant que le monde des images s’écroulât autour de lui... Voilà bien une pensée étonnante pour un peintre dont la vocation première était de créer un univers de formes et de couleurs !
         Ce dégoût de l’image, quelle qu’elle soit, remontait sans doute à la petite enfance. Un jour, en effet, alors qu’il n’était âgé que de deux ans, sa famille lui avait offert des cadeaux, soi-disant originaux, dont il ne savait que faire : deux miroirs tout brisés, un appareil photographique que l’on pouvait soupçonner d’être défectueux et un chevalet de peintre tout à fait disloqué ! Comment d’ailleurs ces adultes ne s’étaient-ils pas rendu compte que les cadeaux qu’ils lui avaient offerts ne pourraient que l’irriter davantage ? Sans doute s’étaient-ils imaginé que cet enfant allait leur exprimer son contentement béat ne fût-ce que pour leur faire plaisir !
         Notre enfant grandit et bien plus tard, par esprit de révolte, sa propre conscience exigea alors qu’il entamât des études de peinture. Étant donné qu’on lui avait imposé un monde d’images, il allait créer son propre univers et ce quels que soient les obstacles qu’il pourrait rencontrer !
         Tout son entourage fut désolé que les événements futurs ne lui permissent pas de retrouver rapidement un équilibre. Ainsi ses amis regrettèrent qu’il entrât en conflit avec son professeur de peinture dont l’unique obsession était la reproduction du réel et qui n’hésitait pas à saccager, dans les musées, les tableaux qui ne l’intéressaient pas ! Il n’était donc pas étonnant que notre peintre fît des cauchemars toutes les nuits. Sans compter le fait que, tous les matins, il invectivait sa propre image dans son miroir !         Quelquefois sa seule consolation était la vision d’un film muet qu’il allait de temps à autre découvrir avec ses amis dans le cinéma de son quartier. Ce film, il l’écoutait plus qu’il ne le voyait : la musique douce du piano d’accompagnement le plongeait dans des rêves délicieux qu’il avait cru éternels.
         Il pouvait aussi rester quelque temps face à une guide excessivement bavarde qui lui montrait des oeuvres architecturales auxquelles il était indifférent !
         De même que la contemplation de son épouse, aux traits tellement charmants , lui procurait un plaisir immense, car elle lui faisait penser à l’oeuvre superbe et jamais achevée d’un grand artiste. Malheureusement il la perdit dans des circonstances dramatiques alors qu’elle s’était préparée, en attendant son retour, à regarder un film d’horreur à la télévision !
         Une raison de plus pour notre peintre de se débarrasser, entre autres, de toutes ces images envahissantes et créer sa propre oeuvre qui ne pourrait ressembler qu’à l’infini de la toile blanche...


8) Le livre ouvert

        Quoique le temps fût particulièrement maussade, elle souhaitait qu’un rayon de soleil vînt réchauffer quelque peu son visage devenu bien pâle depuis le début de sa longue maladie qui ressortait davantage à un mal-être psychologique. Atteinte de mutisme, elle n’avait pas pu rompre le silence dans lequel elle s’était murée depuis la mort de son mari.
         Aujourd’hui elle redoutait qu’elle ne pût braver son inertie. Quelle que fût son apathie, elle espérait qu’une courte promenade dans la ville lui permît de retrouver son énergie passée.
         Depuis quelques heures, elle arpentait les rues lorsqu’elle se décida à entrer dans une librairie. Son regard fut aussitôt attiré par un livre dont le titre l’interpellait au plus haut point. Le livre ouvert... curieux titre pour un livre fermé dont les pages semblaient scellées par un secret. Elle s’empara du livre, mais s’étonna de ne pas vouloir y jeter ne fût-ce qu’un seul regard. Toute autre femme se serait d’ailleurs laissée guider par son empressement à découvrir ses pages intérieures.
         Revenue à son domicile, elle s’installa confortablement dans son canapé, s’empara de ce livre qui lui semblait magique et s’y plongea. Dès la première page, elle fut surprise de constater que celle-ci était blanche. Fébrilement, elle tourna la page et découvrit que la suivante lui offrait le même vide ! Aucun mot n’y était écrit. Elle ne découvrait que le blanc laiteux d’une page vierge. Déconcertée, elle parcourut rapidement toutes les pages du livre qui ne lui offraient toujours que la pureté étonnante d’un champ d’un neige. Un livre vide, un livre libéré des mots, un livre qui s’offrait, immaculé, au regard tremblant d’une femme atterrée comme si l’on avait voulu lui jeter un mauvais sort.
         Après quelque temps, elle retrouva un calme apparent, prit son stylo et décida de remplir les pages blanches d’une parole enfin retrouvée. Parole pour un livre ouvert à ses pensées...


9) La dernière cigarette

        Tout son entourage souhaitait qu’elle élaborât des projets apaisant enfin son esprit. Elle était en effet traumatisée depuis la perte de son mari qui fut victime du tabac et semblait stagner sans plus aucun espoir pour sa vie future. On fut, par conséquent, étonné qu’à travers de telles difficultés personnelles elle souhaitât, ce soir-là, contempler pour la dernière fois la fumée de sa cigarette. Elle allait déchirer les paquets de cigarettes qu’elle avait envoyé chercher. Elle allait détruire toutes les traces de son ancien esclavage. Quelles que soient les circonstances auxquelles elle serait soumise dans les prochains mois, elle n’observerait plus les volutes âcres d’une fumée dévastatrice. Elle s’était imaginé qu’elle parviendrait d’ailleurs très rapidement à ne plus penser à cette nicotine qui taraudait son cerveau.
         Le lendemain matin, elle s’était regardée dans le miroir, avait longuement réfléchi aux conséquences de sa décision, mais, soudainement, une tout autre idée traversa son esprit. Pourquoi, se disait-elle, ne remettrait-elle pas en question la stratégie qu’elle avait élaborée la veille ? Des pensées diverses comprimant son coeur lui suggéraient encore de différer les résolutions qu’elle avait prises. Personnellement, je doutais qu’elle pût parvenir à atteindre la victoire, car, quelquefois, je me disais que sa volonté était trop faible ne fût-ce que pour arriver à réduire sa consommation.
         Sa famille tout entière avait donc ce matin-là les yeux braqués sur son visage. Des regards étonnés s’étaient croisés, car l’on ne s’attendait pas à ce qu’une légère fumée sortît de ses lèvres comme si l’ombre de la mort tentait encore de convaincre les autres de l’inutilité de se battre contre une maîtresse dont les rires sardoniques étaient susceptibles de plier la plus forte des créatures.
         Ce matin, culpabilisée, elle plongea son regard au fond de sa tasse de café et, quoi qu’il arrivât, elle souhaitait surtout que personne ne lui adressât la parole. Elle ne distinguait plus les yeux soupçonneux des personnes exigeant de la voir enfin parler. Elle s’enfonça dans un mutisme de plus en plus profond jusqu’à ce qu’elle perçût au fond d’elle-même un léger cri de souffrance lui signifiant la nécessité de rompre définitivement avec le tabac auquel elle s’était asservie durant toute sa vie. Un petit bruit surgissait désormais du fond de son corps et, progressivement, envahissait la pièce devenue soudainement lumineuse d’une grande libération intérieure.


10) Une pluie diluvienne

        Ce dimanche-là, la pluie tombait depuis quelque temps déjà quand, soudain, la Dyle sortit de son lit à Wavre.
        Appelée en renfort la veille, en raison des intempéries qu’il y avait eu chaque jour de la semaine, l’armée dut évacuer plus de deux cents personnes. Hormis le quartier de la gare, la ville brabançonne tout entière fut touchée. Ainsi, à douze heures, même le trafic autoroutier
fut interrompu.
         Peu à peu, la panique s’empara des habitants. « Quoi que je fasse, l’eau ne cesse de monter dans ma cave ! », hurla une vieille dame âgée de quatre-vingt-quatre ans. Plus loin, deux adolescents portant une petite fille (vêtue d’une robe bleu clair, d’une veste noire et de gants cerise) tentaient de la consoler. A côté d’eux, un ouvrier communal s’exclama : « Regardez tous ces gens, il faut leur venir en aide ! Les propos rassurants des ministres ne suffisent plus ! Quelles que soient les actions entreprises, elles doivent être plus efficaces ! »
        Tout à coup, une étudiante qui s’était coupé la main quelques instants auparavant, en voulant récupérer deux porte-bouteilles qui flottaient sur l’eau, fut emportée par les flots tourbillonnants. Quoique peu courageux d’habitude, le pharmacien lui lança une corde et la sauva de la noyade. Il s’éloigna en affirmant : « Quant à moi, je déménage dès que possible ! On n’a que des ennuis avec cette rivière ! »


11) Des délibérations difficiles

        Ce matin-là, comme tous les ans à pareille époque, chaque professeur avait rejoint labibliothèque pour participer aux délibérations de fin d’année. Quelquefois, il y avait de bonnes surprises, mais elles devenaient rares depuis quelque temps. Hormis deux ou trois enseignants, entre autres le professeur de gymnastique, tout le monde était prêt pour les « hostilités ».
        Malheureusement, les dossiers que le directeur avait envoyé chercher n’arrivaient pas. Quelles qu’en soient les raisons, il trouvait ça inadmissible. « Ils ne se sont tout de même pas envolés ! », hurla-t-il. Les intérimaires s’étaient imaginé que la réunion serait plus calme.
Enfin, on put commencer. Il fallait débattre des quatre-cent-quatre-vingts élèves en une seule journée. Quoique motivés, les professeurs se rendaient compte de la lourdeur de la tâche.
         Soudain, l’éducatrice intervint : « Trouvez-vous normal que, malgré les intempéries qu’il y a eu cet hiver, la petite Florence se soit dandinée en plein milieu de la cour avec cette affreuse petite jupe bleu clair ? » Le directeur la fixa de ses grands yeux marron et vociféra : « Quoi que vous disiez, cela doit avoir un rapport avec les résultats de nos élèves aux examens. Nous leur expliquerons plus tard que leurs tenues doivent être décentes. Abordons uniquement des sujets intéressant les parents. Est-ce que je vous parle des nombreux casse-noisettes que je possède ?
        L’assemblée tout entière se mit alors au travail.


12) Le tour de France

         Ce matin-là, comme tous les jours depuis quelque temps, on n’entendait parler que du Tour de France. La bourgade tout entière, hormis peut-être quelques personnes plus âgées, s’intéressait à cet événement mondial.
         Ainsi, hier, certains habitants, entre autres le boulanger, s’étaient même adressé des injures quand deux employés de la banque avaient évoqué le problème du dopage.
         Quant aux enfants, obéissant à leurs parents aux cheveux quelquefois grisonnants, ils se massaient sur le bord de la route et espéraient obtenir l’un des porte-clés que lancerait la caravane publicitaire.
         Quels que soient les sujets de discussion, chaque spectateur souhaitait intervenir. Un vieil homme, par exemple, affirma : « A cause des intempéries qu’il y a eu cette nuit, la route est dangereuse ! » Plus tard, une brave dame demanda : « A quelle équipe appartiennent les coureurs qui portent des maillots bleu foncé et des gants orange ? » A quelques mètres de là, un enfant de huit ans s’exclama : « Quoiqu’il soit mauvais grimpeur, c’est Boonen qui gagnera cette deuxième étape ! »
         Soudain, une rumeur se fit entendre. La caravane, composée de deux-cent-quatre-vingts véhicules, approchait. Des policiers rappelèrent aux enfants les consignes de sécurité, mais ceux-ci ne leur accordaient déjà plus la moindre attention.



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Published by frandidac - dans ÉCRIRE
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